


Amblard ler – 1.e Mal Hiverné P5

Amblard Ier, comte d’Apchon – seigneur d’Indiciat de Hauteclair, Murols, Ussel, Chambon, Aubière, Charlus, Ravel ainsi que de nombreux autres lieux – vivait vers l’an 990, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas d’une nature commode.
Ce personnage farouche et sans doute hirsute, avait reçu de ses vassaux le surnom de « Mal Hivernât » ; c’est celui que l’on donne dans nos campagnes à une bête ayant, au sortir de l’hiver, un poil rude et grossier.
L’un de ses premiers crimes fut l’enlèvement d’une religieuse dans son château de Hauteclair, que la tradition populaire dénomma depuis « Nonnette ».
Un peu plus tard, il s’associa à Amblard de Brezons, son parent, pour assassiner Guillaume Brunet, frère cadet de celui-ci. Ce crime acheva de le perdre dans l’esprit public. Excommunié par l’Église, il devint l’objet d’une juste réprobation. Alors, sans doute autant par intérêt que par vrai repentir, il alla, accompagné de son complice, se jeter aux genoux du pape, consentant pour obtenir son pardon à toutes les expiations. Le père des fidèles lui ordonna, en plus d’une certaine somme, de faire don à l’abbé de Cluny (le futur Saint Odilon) du lieu nommé Indiciat bâti à l’extrémité orientale du rocher sur lequel Saint-Flour s’élève aujourd’hui.
Une florissante abbaye fut construite, accompagnée de maintes autres habitations, lesquelles rejoignirent bientôt le petit village de Montplain situé sur le plateau, et l’agglomération ainsi formée reçut le nom de Saint-Flour, premier évangélisateur de ces montagnes.
Ce qui prouve que le repentir d’Amblard d’Apchon n’était pas des plus sincères, c’est qu’à peine revenu en Auvergne, il voulut renier ses promesses. Sa femme, la pieuse Ermengarde, à qui l’on attribue le transfert du corps de St Mary à Mauriac, parvint-elle à le ramener à de meilleurs sentiments ?
Quoi qu’il en soit, Amblard de Brezons, son complice et sa caution, dut, malgré sa colère, verser en plus de la sienne, une forte part de l’amende imposée au comte.
Le cri de guerre d’Apchon était « Haut et Clair ! » Quant à ses armoiries, est-ce par bravade, par pénitence, ou parce qu’elles lui furent ordonnées (par ses pairs ou son suzerain) qu’Amblard porta, à partir de cette époque (998), les armes diffamées qui pendant quelques siècles seront celles de sa maison « d’azur à une croix d’or pâtée par le pied (l’expiation) ; cantonnée en chef de 2 besants d’or (l’amende exigée), et en pointe, à dextre d’une hache d’armes (l’instrument du meurtre de Brunet) et à senestre d’une nonne en habit de chœur (la première victime) ». Ceci tendrait à prouver (ce dont beaucoup d’héraldistes conviennent d’ailleurs) que l’usage des blasons existait avant les Croisades.
Malgré ses tentatives pour se racheter, Amblard d’Apchon restera dans l’Histoire comme un personnage controversé. Son surnom de « Mal Hivernât » est resté associé à son nom, et ses armoiries témoignent de son passé criminel. Néanmoins, son acte de repentance et la fondation de l’abbaye de Saint-Flour ont eu un impact significatif sur la région. Aujourd’hui encore, la ville de Saint-Flour est un lieu de pèlerinage pour les croyants, et l’abbaye est un joyau architectural qui attire des visiteurs du monde entier. L’histoire d’Amblard d’Apchon est donc un exemple de la complexité de la nature humaine, et de la capacité à se racheter de ses erreurs, même si cela ne suffit pas toujours à effacer le passé.
L’histoire d’Amblard est également un témoignage intéressant de la vie médiévale en Auvergne. Elle illustre les rivalités entre les seigneurs locaux, ainsi que les relations complexes entre la noblesse et l’Église. De plus, la fondation de l’abbaye de Saint-Flour est un exemple des liens étroits qui existaient entre le pouvoir religieux et le pouvoir temporel à cette époque.
C’est, dans le même temps, un rappel que les noms de famille, les blasons et les symboles héraldiques ont souvent une signification profonde. Les armoiries d’Amblard représentent l’expiation, l’amende, l’instrument du meurtre et la première victime. Elles témoignent de la façon dont la société médiévale utilisait les symboles pour raconter des histoires et transmettre des messages.

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